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Persuasion

Pourquoi les oiseaux chantent-ils? Il y a sûrement de nombreuses raisons, et je ne prétendrai pas les connaître toutes. Mais l’une d’elles est, sans doute, de charmer. En d’autres termes, de persuader leurs pairs qu’ils sont dignes d’intérêt, par le biais d’un chant gracieux.

C’est donc sans surprise qu’Aubaine, l’un des poèmes figurant dans notre dernier thème, ‘Persuasion’, ait choisi d’évoquer l’oiseau matinal qui attrape le vers comme raison de se lever de bonne heure, et qu’un autre, Dilemmes contemporains, voit le chant des alouettes et des hirondelles comme faisant parti des rares constantes de l’existence.

Ceci est un numéro très spécial de Cinq Un, car y figurent cinq poèmes originaux de jeunes auteurs récompensés par l’édition 2017 du prix littéraire pour élèves ASIBA. ASIBA est une organisation à but non lucratif qui soutient la version britannique de l’Option Internationale du Baccalauréat, un diplôme bilingue anglais-français du secondaire. Les élèves vont à l’école à Lille, Paris, Bruxelles et Aix-en-Provence.

Nos lecteurs les plus fidèles se souviendront peut-être que vers la même période l’année dernière nous avons publié cinq poèmes récompensés par l’édition 2016 de ce même concours. Ces textes-là explorent le thème ‘Les Ponts’ – vous pouvez le consulter ici.

La collaboration entre ASIBA et Cinq Un se poursuit cette année.

La poésie comme méthode de persuasion fut l’un des motifs de prédilection des poètes dits métaphysiques – un groupe informel de poètes anglais du 17ème siècle, qui usaient de leurs vers comme moyens d’argumentation. Les poèmes ici publiés ont un objectif semblable. Il y a Veste en velours, dans lequel une veste tente de séduire un porteur potentiel. Il y a également L’Escroc et Dilemmes contemporains, qui nous encouragent à nous détourner des aspects les plus nocifs de la vie contemporaine, et il y a Aubaine, qui nous présente les joies du lève-tôt.

Et puis il y a Quatre jours, dans lequel la poétesse s’efforce non pas de persuader ses lecteurs, mais plutôt de se persuader elle-même, du bien-fondé d’une décision romantique qu’elle a prise.

Comme toujours, chaque poème sera accompagné d’une chanson et d’une œuvre visuelle. Pour ce thème, chaque texte sera présenté au côté d’une peinture d’oiseau du grand ornithologue franco-américain Jean-Jacques Audubon, ainsi que d’un morceau de jazz – pour ressentir l’ambiance indigo évoquée dans Quatre jours. Le jazz aussi peut être charmant.

Mais assez glosé. Il est grand temps de laisser ces jeunes auteurs chanter, et nous persuader, avant toute autre chose, que la poésie n’a rien perdu de sa force.

Olivier Holmey
Londres, le 4 décembre 2017

Notre sélection de poésie, musique et image pour les trois premières semaines de notre dernier thème est disponible en cliquant sur les liens ci-dessus ou ci-dessous:

I. Poème / Musique / Image
II. Poème / Musique / Image
III. Poème / Musique / Image

Pour en savoir plus à propos de Cinq Un, cliquez ici.

Poème • MusiqueImage

Velvet Jacket

Choose Me. I hang here among overfull rails
Wires my forest, waiting for you to
Draw close.
Hold Me. Run your fingers on my silken velvet.
Sculpting you, I, you, precisely fit.
Don’t let go! And I’ll forever be
Yours, truly.
Own Me. Etch your name on the fabric of my shell,
With a waft of perfume, and the weight of your hands in
My pockets.
Dress Me Up. Undo my buttons and slip
A satin square on my heart,
Purple,
Your favourite colour, and mine.
Choose Me.
Take me now,
And I solemnly avow,
I shall remain,
Everlastingly
Devoted to You.

Lauren Rose Davies
Collège-Lycée International Balzac, Paris
First Prize Junior

Veste en velours

Choisis-moi. Je pends ici au portant bondé
Les fils de fer sont ma forêt, attendant ton
Approche.
Tiens-moi. Passe tes doigts sur mon velours soyeux.
Te sculptant, moi, toi, nous allons parfaitement.
Ne me lâche pas ! Et je serai toujours à
Toi, sincèrement.
Possède-moi. Inscris ton nom sur la fabrique de ma carapace,
Avec une senteur de parfum, et le poids de tes mains dans
Mes poches.
Embellis-moi. Défais mes boutons et glisse
Un mouchoir en satin sur mon cœur,
Violet,
Ta couleur favorite, et la mienne.
Choisis-moi.
Prends-moi maintenant,
Et je le jure solennellement,
Je resterai,
A jamais
Ton dévoué.

Lauren Rose Davies
Collège-Lycée International Balzac, Paris
Premier Prix Junior

Poème • MusiqueImage

Four Days

My shirt still smells the faint and yet specific smell
Of your morning coffee, black, strong, bitter coffee.
To be honest, the bitterness might come from me.
Anyway, there are plenty of coffee shops here.

It has been one day and I have done the right thing.

There is that old song playing on the radio,
Do you ever get that jazzy mood indigo?
I personally like things to be black or white,
I could not keep drowning in the grey of your eyes.

It has been two days and I have done the right thing.

I am stuck in that sticky traffic jam again,
And all I can think about is our desert street.
I miss the peacefulness but the hush was deadly.
Silence was deafening in the land of nothing.

It has been three days and I have done the right thing.

A yellow letter was delivered late today,
Only your envelopes are of that lame pale shade.
I smiled a little but then I read, then I knew,
That it was a mistake, not to me, not from you.

It has been four days, well, have I done the right thing?

Lola Velly
Lycée International Montebello, Lille
First Prize senior

Quatre jours

Ma chemise sent encore l’odeur légère et pourtant particulière
De ton café matinal, ce café noir, fort, amer.
Pour être honnête, l’amertume vient peut-être de moi.
En tout cas, il y a de nombreux cafés ici.

C’était il y a un jour et j’ai bien fait.

Il y a cette vieille chanson qui passe à la radio,
L’humeur indigo t’envahit-elle parfois ?
Personnellement j’aime les choses en noir et blanc,
Je ne pouvais pas continuellement me noyer dans le gris de tes yeux.

C’était il y a deux jours et j’ai bien fait.

Je suis coincée à nouveau dans un bouchon interminable,
Et je ne peux penser qu’à notre rue déserte.
La quiétude me manque mais le silence était fatal.
Le silence était assourdissant dans l’espace du rien.

C’était il y a trois jours et j’ai bien fait.

Une lettre jaune m’est parvenue tard dans la journée.
Seuls tes enveloppes ont ce teint terne et pâle.
J’ai souri un peu puis j’ai lu, puis j’ai su,
Que c’était une erreur, pas pour moi, pas de toi.

C’était il y a quatre jours, alors, ai-je bien fait ?

Lola Velly
Lycée International Montebello, Lille
First Prize senior

Poème • MusiqueImage

The Conman

Look what I’ve got here! I’ve bought myself
A brand-new wig, a beautiful blonde thing it is too;
Look how its fair hair falls so thick and true;
I think it really brings out my healthy orange hue!
It’s great, truly great. Just like he said!
Like who said? Why, my friend the shopkeeper of course!
He’s the one who sold me this wig, you know.
He’s a very clever fellow; he explained to me,
With his alternative facts, just why the blonde wigs
Are so much better than the blacks. He showed me
How my barbed blonde curtains could wall out
The voices my poor ears could not bear to hear. He said
“Do not fear. The problems we have, it’s because of
Those who aren’t from around here.”
He said he’d do me half price on my wig (the Mexicans
would pay for the rest). He said that the problems we face as a nation
Really just have the face of an Asian –or a Mexican.
I hate Mexicans.
I rather like my new shopkeeper though.

Sebastian Porter
Lycée français Jean Monnet, Brussels
Runner-up senior

L’Escroc

Regarde ce que j’ai là ! Je me suis acheté
Une toute nouvelle perruque, et une blonde bien belle qui plus est ;
Regarde comme le cheveu tombe, épais et vrai ;
Je trouve qu’il fait bien ressortir mon teint orange signe de santé !
C’est génial, tout bonnement génial. Comme il l’a dit !
Comme qui l’a dit ? Eh bien, mon ami le commerçant, évidemment !
C’est lui qui m’a vendu cette perruque, tu sais.
C’est un type très malin ; il m’a expliqué,
Avec ses faits alternatifs, exactement pourquoi les perruques blondes
Sont meilleures que les noirs. Il m’a montré
Comment mes rideaux blonds peuvent emmurer au dehors
Les voix que mes pauvres oreilles ne pourraient endurer. Il a dit
« N’aie pas peur. Les problèmes que nous avons nous viennent
De ceux qui ne sont pas d’ici. »
Il a dit qu’il me le vendrait moitié prix (les mexicains
Couvriraient le reste). Il a dit que les problèmes auxquels notre nation est confronté
Ont tout simplement le visage d’un asiatique – ou d’un mexicain.
Je hais les mexicains.
J’aime bien mon commerçant, par contre.

Sebastian Porter
Lycée français Jean Monnet, Bruxelles
Finaliste senior