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Il vit l’Etoile d’or

Où souhaitons-nous passer Noël ? A la maison, répondront la plupart de ceux qui célèbrent cette fête. Après tout, les visages familiers, et traditions tant aimées, sont là. Mais quid du Noël passé loin de chez soi ?

D’innombrables films se sont emparés de cette question, montrant des personnages passant leur Noël en terre inconnue, ou tentant désespérément de rentrer à temps pour donner, et recevoir, leurs cadeaux. Ce n’est donc en rien surprenant qu’Hänsel et Gretel, le conte folklorique couché sur papier par les frères Grimm, soit si étroitement associé à cette période de l’année : bien qu’elle ne fasse aucune mention de Noël, l’histoire de ces deux enfants affrontant l’adversité pour rentrer chez eux rappelle aisément cette célébration hivernale.

Voilà l’objet de notre dernier thème de l’année : voyager en période de Noël. Et il débute avec le tout premier de ces voyages : celui des trois rois mages, qui, dans la tradition d’inspiration biblique, quittèrent leur pays pour suivre une étoile d’or les guidant vers la crèche où Jésus allait naître.

L’ouverture de l’opéra d’Engelbert Humperdinck, qui date de la fin du 19ème siècle et reprend la fable d’Hänsel et Gretel telle que racontée par les frères Grimm, accompagne la première semaine.

Au cours des semaines suivantes, Cinq Un vous emmènera voyager en mer et jusqu’en Inde pour contempler ce que l’on perd, mais également ce que l’on gagne, à passer le jour de Noël loin de chez soi.

Olivier Holmey
Munich, le 11 décembre 2016

Notre sélection de poèmes, musique et images pour les trois premières semaines de notre dernier thème est disponible en cliquant sur les liens ci-dessus ou ci-dessous:

I. Poème / Musique / Image
II. Poème / Musique / Image
III. Poème / Musique / Image

Pour en savoir plus à propos de Cinq Un, cliquez ici.

Poème • MusiqueImage

Les Rois Mages

Ils perdirent l’Etoile, un soir ; pourquoi perd-on
L’Etoile ? Pour l’avoir parfois trop regardée,
Les deux Rois Blancs, étant des savants de Chaldée,
Tracèrent sur le sol des cercles au bâton.

Ils firent des calculs, grattèrent leur menton,
Mais l’Etoile avait fui, comme fuit une idée.
Et ces hommes dont l’âme eût soif d’être guidée
Pleurèrent, en dressant des tentes de coton.

Mais le pauvre Roi Noir, méprisé des deux autres,
Se dit: “Pensons aux soifs qui ne sont pas les nôtres,
Il faut donner quand même à boire aux animaux.”

Et, tandis qu’il tenait son seau d’eau par son anse,
Dans l’humble rond de ciel où buvaient les chameaux
Il vit l’Etoile d’or, qui dansait en silence.

Edmond Rostand

Poème • MusiqueImage

La blanche neige

Les anges les anges dans le ciel
L’un est vêtu en officier
L’un est vêtu en cuisinier
Et les autres chantent

Bel officier couleur du ciel
Le doux printemps longtemps après Noël
Te médaillera d’un beau soleil
D’un beau soleil

Le cuisinier plume les oies
Ah! tombe neige
Tombe et que n’ai-je
Ma bien-aimée entre mes bras

Guillaume Apollinaire

Poème • MusiqueImage

Stella

Je m’étais endormi la nuit près de la grève.
Un vent frais m’éveilla, je sortis de mon rêve,
J’ouvris les yeux, je vis l’étoile du matin.
Elle resplendissait au fond du ciel lointain
Dans une blancheur molle, infinie et charmante.
Aquilon s’enfuyait emportant la tourmente.
L’astre éclatant changeait la nuée en duvet.
C’était une clarté qui pensait, qui vivait ;
Elle apaisait l’écueil où la vague déferle ;
On croyait voir une âme à travers une perle.
Il faisait nuit encor, l’ombre régnait en vain,
Le ciel s’illuminait d’un sourire divin.
La lueur argentait le haut du mât qui penche ;
Le navire était noir, mais la voile était blanche ;
Des goëlands debout sur un escarpement,
Attentifs, contemplaient l’étoile gravement
Comme un oiseau céleste et fait d’une étincelle ;
L’océan, qui ressemble au peuple, allait vers elle,
Et, rugissant tout bas, la regardait briller,
Et semblait avoir peur de la faire envoler.
Un ineffable amour emplissait l’étendue.
L’herbe verte à mes pieds frissonnait éperdue,
Les oiseaux se parlaient dans les nids ; une fleur
Qui s’éveillait me dit : c’est l’étoile ma sœur.
Et pendant qu’à longs plis l’ombre levait son voile,
J’entendis une voix qui venait de l’étoile
Et qui disait : – Je suis l’astre qui vient d’abord.
Je suis celle qu’on croit dans la tombe et qui sort.
J’ai lui sur le Sina, j’ai lui sur le Taygète ;
Je suis le caillou d’or et de feu que Dieu jette,
Comme avec une fronde, au front noir de la nuit.
Je suis ce qui renaît quand un monde est détruit.
Ô nations ! je suis la poésie ardente.
J’ai brillé sur Moïse et j’ai brillé sur Dante.
Le lion océan est amoureux de moi.
J’arrive. Levez-vous, vertu, courage, foi !
Penseurs, esprits, montez sur la tour, sentinelles !
Paupières, ouvrez-vous, allumez-vous, prunelles,
Terre, émeus le sillon, vie, éveille le bruit,
Debout, vous qui dormez ! – car celui qui me suit,
Car celui qui m’envoie en avant la première,
C’est l’ange Liberté, c’est le géant Lumière !

Victor Hugo