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D’où viens-tu?

A Clara

D’où viens-tu ? Votre humble serviteur vient de devenir papa et, s’émerveillant à souhait à la vue de sa petite fille nouvellement née, lui pose cette petite question a priori fort simple – comme il vous la pose à vous cher, cher lecteur – d’où viens-tu ?

Il lui semble avoir bien suivi les cours d’éducation sexuelle au collège et bien appris que les bébés n’apparaissent pas dans le ventre des choux ou portés par des cigognes diligentées par le service postal. Il connaît le rendez-vous amoureux ovulaire et a étudié la division cellulaire. Il a lu tous les détails de la lente gestation d’un corps dans un autre, et a même pu contempler l’épure grise des écographies prénatales.

Et pourtant, pourtant, il n’en reste pas moins émerveillé et ignorant de cette chose élémentaire de la vie : l’arrivée d’une vie nouvelle. Défait par un petit être faisant un dixième de sa taille, il observe ses petites mains, ses petits pieds, sa petite tête que son cou ne porte même pas, ses cheveux épars et disparates, la douceur de sa peau et la tendresse absolue de ses yeux. Et se demande ainsi, encore, comment il se peut qu’elle se trouve maintenant ici, et d’où elle peut bien venir.

Nos vies sont encadrées par deux vastes mystères : celui de la naissance et celui de la mort. Le premier de ces mystères n’est jamais ressenti aussi fortement que lorsque l’on accueille soi-même un nouvel être dans sa famille et dans le cercle grandissant de son amour.

Mais pour l’heure, assez de réflexion – elle vient de se réveiller et elle a faim !

François Holmey
Londres, le 1 avril 2017

Notre sélection de poèmes, musique et images pour les quatre premières semaines de notre dernier thème est disponible en cliquant sur les liens ci-dessus ou ci-dessous:

I. Poème / Musique / Image
II. Poème / Musique / Image
III. Poème / Musique / Image
IV. Poème / Musique / Image

Pour en savoir plus à propos de Cinq Un, cliquez ici.

Poème • MusiqueImage

Un bébé est né

Un bébé est né, hier, à minuit,
À l’ouverture de la vie, il est encore dans la nuit ;
La maman le regarde, heureuse, fatiguée,
Il est encore en train de rêver.

Elle pleure de joie, de contentement,
Un vrai débordement, ce sont les larmes de l’enfantement ;
Le papa, debout, le regarde médusé,
Il comprend quelque chose d’inexpliqué.

Il embrasse la femme, son amante, tendrement,
Il se rappelle de leur rencontre, un jour, inopinément,
De leur première nuit d’amour, et maintenant.

L’enfant dort devant eux les poings fermés,
Inconscient, insouciant de la vie
Mais il sait d’ailleurs il a surgi.

Jean-Claude Holmey

Poème • MusiqueImage

Infant Joy

I have no name
I am but two days old.—
What shall I call thee?
I happy am
Joy is my name,—
Sweet joy befall thee!

Pretty joy!
Sweet joy but two days old,
Sweet joy I call thee;
Thou dost smile.
I sing the while
Sweet joy befall thee.

William Blake

Nouvelle Joie

Je n’ai pas de nom
Je n’ai que deux jours —
Comment devrais-je t’appeler?
Heureuse je suis
Joie est mon nom,—
Qu’une douce joie t’advienne!

Belle joie!
Douce joie qui n’a que deux jours,
Douce joie je t’appelle;
Tu souris.
Je chante entretemps
Qu’une douce joie t’advienne.

William Blake (traduit par François Holmey)

Poème • MusiqueImage

Souvenir

J’étais né, je devins aussitôt lourd,
J’étais léger, aussitôt j’étais écrasé par le poids de la vie.
Je ne pus résister, je poussai un cri.
Le cri de l’espérance. Le cri de la souffrance.
Le cri de l’existence.
J’étais entré dans le monde.

Jean-Claude Holmey

Poème • MusiqueImage

A Baby in the House

I knew that a baby was hid in that house,
Though I saw no cradle and heard no cry;
But the husband was tip-toeing ’round like a mouse,
And the good wife was humming a soft lullaby;
And there was a look on the face of the mother,
That I knew could mean only one thing, and no other.

The mother, I said to myself, for I knew
That the woman before me was certainly that;
And there lay in a corner a tiny cloth shoe,
And I saw on a stand such a wee little hat;
And the beard of the husband said, plain as could be,
‘Two fat chubby hands have been tugging at me.’

And he took from his pocket a gay picture-book,
And a dog that could bark, if you pulled on a string;
And the wife laid them up with such a pleased look;
And I said to myself, ‘There is no other thing
But a babe that could bring about all this, and so
That one thing is in hiding somewhere, I know.’

I stayed but a moment, and saw nothing more,
And heard not a sound, yet I know I was right;
What else could the shoe mean that lay on the floor,
The book and the toy, and the faces so bright;
And what made the husband as still as a mouse?
I am sure, very sure, there’s a babe in that house.

Ella Wheeler Wilcox

Un Bébé dans la Maison

Je savais qu’un bébé se cachait dans cette maison,
Tout en ne voyant de berceau ni entendant de cri;
Mais le mari marchait sur la pointe des pieds comme une souris,
Et la femme fredonnait une douce chanson;
Et il y avait un regard sur le visage de la maman,
Qui n’exprimait qu’une chose, il ne pouvait en être autrement.

La mère, je me suis dit, puisque je savais
Que la femme devant moi ce rôle certainement avait;
Et dans un coin un minuscule chausson trônait,
Et sur un portant un mignon petit bonnet;
Et la barbe du mari disait, je l’ai vu,
«Des petites mains potelées m’ont tiré dessus.»

Et il prit de sa poche un joli livre imagé,
Et un chien qui aboyait, si l’on tirait une ficelle;
Et la femme les a rangés d’un air si charmé;
Et je me suis dit, « Il n’y a rien de tel
Qu’un bébé qui pourrait produire tout ceci, désormais
Cette chose est cachée quelque part, je le sais. »

Je n’ai fait que passer, et n’ai plus rien vu,
Ni entendu de bruit, et pourtant je l’ai su;
Quoi d’autre pouvait signifier ce chausson comme un oubli,
Le livre et le jouet, et les visages si aimants;
Et que pouvait rendre le mari silencieux comme une souris?
Je suis sûre, très sûre, qu’il y a un bébé dans cette maison.

Ella Wheeler Wilcox (traduit par Carol Holmey)