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Les Ponts

Après une pause estivale (qui s’est prolongée jusqu’au milieu de l’automne!), Cinq Un revient avec un thème évocateur, intitulé ‘Les Ponts’.

Les cinq poèmes ici présentés sont des œuvres originales soumises par des collégiennes et lycéennes à l’édition 2016 du de poésie d’ASIBA. ASIBA est une association à but non lucratif qui soutient la version britannique de l’Option Internationale du Baccalauréat, un diplôme bilingue de sortie d’école – et, soit dit en passant, un diplôme détenu par les deux éditeurs de Cinq Un.

Le concours de poésie était divisé en deux catégories, l’une pour les élèves les plus jeunes, l’autre pour les plus âgés. Trois des poèmes ici publiés figuraient dans la première catégorie, deux d’entre eux dans la seconde. Tous les cinq ont plu au jury d’ASIBA, et ont été récompensés.

ASIBA a proposé aux élèves d’écrire sur le thème des ponts. Chacune des jeunes poétesses dont le texte apparaîtra sur Cinq Un au cours des cinq prochaines semaines a approché ce sujet à sa manière.

Nous n’en dirons pas plus, et vous laissons les découvrir par vous-mêmes. Nous espérons que leur merveilleux travail vous plaira.

François et Olivier Holmey
Londres, 5 novembre 2016

Notre sélection de poèmes, musique et images pour les cinq semaines de notre dernier thème est disponible en cliquant sur les liens ci-dessus ou ci-dessous:

I. Poème / Musique / Image
II. Poème / Musique / Image
III. Poème / Musique / Image
IV. Poème / Musique / Image
V. Poème / Musique / Image

Pour en savoir plus à propos de Cinq Un, cliquez ici.

Poème • MusiqueImage

The stone skeleton

In the silent turmoil of the night,
There is a noise that remains eternal.
The stone skeleton never sleeps,
The soft wounds of life grazed its bones, ripped its back.
Because god knows people jumped,
Floating in the dark current,
Blood streaming down the river, vanishing from their tangled veins.
People met, people kissed, leaning against its discolored curves,
People said “see you tomorrow” but never came back.
People danced to the water’s bewildered melody,
People let their emotions escape from their brains, dripping down their metal tasting tongs.
In the fog, vague shapes detach from the landscape,
Overlooking the city, full of pollution and disillusions,
It knows, it knows life will never invade its cold collarbone.
But, somewhere in between its thighs and ankles,
Ideas and ideals stand out from the crowd.

Clémence Prime
Joint second prize in the junior section, ASIBA poetry competition 2016

Le squelette en pierre

Dans le tumulte silencieux de la nuit,
Il y a un bruit qui reste éternel.
Le squelette en pierre ne dort jamais,
Les blessures molles de la vie ont écorché ses os, déchiré son dos.
Car dieu sait que les gens ont sauté,
Flottant dans le courant noir,
Le sang coulant le long de la rivière, vidant leurs veines enchevêtrées.
Des gens se sont rencontrés, se sont embrassés, appuyés contre ses courbes décolorées,
Des gens se sont dits « à demain » mais ne sont jamais revenus.
Des gens ont dansé à la mélodie ahurie de l’eau.
Des gens ont laissé leurs émotions s’échapper de leurs cerveaux, s’égouttant le long de leurs pinces au goût de métal.
Dans la brume, des formes vagues se détachent du paysage,
Surplombant la ville, pleine de pollution et de désillusions,
Il sait, il sait que la vie n’envahira jamais sa clavicule froide.
Mais, quelque part entre ses cuisses et ses chevilles,
Les idées et les idéaux se démarqueront.

Clémence Prime (traduit par François Holmey)
Deuxième prix dans la catégorie junior, compétition de poésie d’ASIBA 2016

Poème • MusiqueImage

Bridges

Dust collects on
A family portrait

Wrinkled white shirts
Standard issue
Litter the threadbare grey carpet

The bin overflows with
Tear-stained tissues.

An empty beer can,
Souvenir of a long sleepless night,
Lies abandoned in a corner.

Mould decorates
The rotting white ceiling

I sigh,
Open the window
To get rid of the
Cloying sense of despair

I throw the cigarettes into
The pile of rubbish,
Wipe the blood off the bathroom sink.

Today is my bridge to a better life.

If only I want to take it.

Amy MacMahon
Joint second prize in the junior section, ASIBA poetry competition 2016

Ponts

La poussière s’accumule sur
Un portrait de famille.

Des chemises blanches froissées
Modèle réglementaire,
Jonchent le tapis gris rapé.

La poubelle déborde
De mouchoirs mouillés par les larmes.

Une canette de bière vide,
Souvenir d’une longue nuit blanche,
Traîne abandonnée dans un coin.

La moisissure décore
Le plafond blanc pourri.

Je soupire,
Ouvre la fenêtre
Pour me débarrasser du
Sentiment écoeurant du désespoir.

Je jette les cigarettes sur
L’amas de déchets,
Essuie le sang du lavabo.

Aujourd’hui se dresse mon pont vers une vie meilleure.

Si seulement je choisis de le traverser.

Amy MacMahon (traduit par François Holmey)
Deuxième prix dans la catégorie junior, compétition de poésie d’ASIBA 2016

Poème • MusiqueImage

Bridges to come

Trace back our history to the days we crawled,
When life was simply mountains and oceans
A vast, never ending land of wonders.

Our first few steps
Through fields of golden progress
Left a trail to those in doubt;
Tarr Steps Clapper Bridge,
The bridge of achievement.

Our dreadful encounter with misery,
Feared and expected by most,
Roaming in dark woods of heartbreaks;
Hussaini Hanging Bridge,
The Bridge of mistakes.

Our moments of realization,
Dreams and wishes drifting in streams,
Thought us and the ignorant patience;
Ponte Vecchio,
The bridge of hope.

There is more to discover, unlimited space
For the bridges to come.

Emma Levrau
First prize in the junior section, ASIBA poetry competition 2016

Les ponts à venir

Retracer notre histoire jusqu’aux jours où nous rampions,
Quand la vie n’était que montagnes et océans
Une terre vaste et pleine de merveilles sans fin.

Nos premiers pas
A travers les champs de progrès doré
Ont laissé une piste à ceux qui doutaient;
Tarr Steps Clapper Bridge,
Le pont de l’accomplissement.

Notre rencontre terrible avec la misère,
Crainte et attendue par la plupart,
Errant dans les bois sombres des chagrins;
Hussaini Hanging Bridge,
Le pont des erreurs.

Nos moments de réalisation,
Des rêves et des voeux dérivant dans les ruisseaux,
Des pensées et la patience ignorante;
Ponte Vecchio,
Le pont de l’espoir.

Il y a encore à découvrir, des espaces sans limites
Pour les ponts à venir.

Emma Levrau (traduit par Carol Holmey)
Premier prix dans la catégorie junior, compétition de poésie d’ASIBA 2016

Poème • MusiqueImage

When sadness comes out

Sliding, flickering, falling
In the shadows of wistfulness.
Crushing, crashing, breaking, wrecking
The chains of loneliness.

Tired of waiting. Waiting and hoping.
Hoping and crying. Crying and drowning.

My dreams are burning in the ice. My hopes are bleeding.
My heart is fading in the pain. My soul is crumbling

And I will never know what’s on the other side.
And I will never know what windy storms hide.
Until I cross that slippery bridge.

The wind should blow on the dust of past.
The sky might fill with smoke at last.
Under the weight of my fallen body,
The yonder hills collapse. The foam of the black sea
Dries on my soul’s remains.

Bridge, let me pass through your wooden piers, show me the place where light appears.

I’ll cross those thousand miles to reach the gleam.
I’ll run. I’ll race. I’ll fly, I’ll flee.
I’ll open my eyes. I’ll see …

Sixtine Geffray
Second prize in the senior section, ASIBA poetry competition 2016

Quand la tristesse surgit

Glissant, vacillant, s’écroulant
Dans les ombres de la mélancolie.
Ecrasant, fracassant, cassant, brisant
Les chaînes de la solitude.

Fatiguée d’attendre. Attendant et espérant.
Espérant et pleurant. Pleurant et me noyant.

Mes rêves se consument dans la glace. Mes espoirs saignent.
Mon coeur se flétrit avec la douleur. Mon âme s’effondre.

Et je ne saurai jamais ce qu’il y a de l’autre côté.
Et je ne saurai jamais ce que les tempêtes orageuses cachent.
Jusqu’à ce que je traverse ce pont glissant.

Le vent pourra souffler sur la poussière du passé.
Le ciel pourra se remplir de fumée enfin.
Sous le poids de mon corps effondré,
Les collines au loin s’écroulent. L’écume de la mer sombre
Se sèche sur les restes de mon âme.

Pont, laisse-moi passer à travers tes piliers en bois, montre-moi l’endroit où la lumière apparaît.

Je traverserai ces mille lieues afin d’atteindre la lueur.
Je courrai. Je cavalerai. Je volerai. Je fuirai.
J’ouvrirai les yeux. Je verrai…

Sixtine Geoffrey (traduit par Carol Holmey)
Deuxième prix dans la catégorie senior, compétition de poésie d’ASIBA 2016

Poème • MusiqueImage

Time to cross over

Here I stand at our bridge, our sanctuary, our playground.
Memories flow and emerge before they are drowned
Bumping into boulders then fading like ripples.

Hastily hurrying to our halfway spot
Shoes scuffing and hair swirling in the befuddled spinning wind
Pushing me towards this link in our paths

Ripples of excitement spread as we wait
For our chosen poohsticks to cross under,
Bobbing Victoriously

Ripples, heartbeats of unbreakable love,
Hand in hand placing our padlock
Eternalness, the keystone of our bond.

Listening to the wind blow,
Pushing me from where our paths crossed an age ago…
Leaves piling as they fall,
Trees teetering, whispering wishes now wise and tall.

Here I stand staring straight down at the glassy stream,
Seized by sudden vertigo
Was that love, joy and hope all just a misty, foggy dream?
Why must time push us to grow?

Mairi Higgs
First prize in the senior section, ASIBA poetry competition 2016

Il est temps de traverser

Me voici à notre pont, notre sanctuaire, notre aire de jeux.
Des souvenirs coulent et émergent avant de se noyer
Heurtant des roches puis s’éteignant comme des vaguelettes.

Courant avec hâte vers notre point de rendez-vous à mi-chemin
Mes chaussures s’éraflant et mes cheveux volant au vent grisant et tourbillonnant
Qui me pousse vers ce carrefour de nos chemins

Des frissons d’excitation se répandent tandis qu’on guette
Le passage sous le pont de nos “poohsticks” choisis,
Cahotant victorieusement

Des frissons, des battements de coeur d’un amour inébranlable,
Main dans la main fermant notre cadenas
Eternité, clé de voûte qui nous lie.

Ecoutant le vent qui souffle,
Qui m‘écarte d’où nos chemins se croisaient il y a longtemps…
Des feuilles qui s’empillent en tombant,
Des arbres qui chancellent, chuchotant des voeux devenus sages et grands.

Me voici qui fixe le limpide cours d’eau sous le pont,
Saisie d’un soudain vertige
Cet amour, cette joie et cet espoir n’étaient-ce qu’un rêve vapoureux et brumeux?
Pourquoi le temps doit-il nous pousser à devenir grands?

Mairi Higgs (traduit par Carol Holmey)
Premier prix dans la catégorie senior, compétition de poésie d’ASIBA 2016