Cinq Un La Revue

Il vit l’étoile d’or

Poème

Christmas at Sea

The sheets were frozen hard, and they cut the naked hand;
The decks were like a slide, where a seaman scarce could stand;
The wind was a nor'-wester, blowing squally off the sea;
And cliffs and spouting breakers were the only things a-lee.

They heard the suff a-roaring before the break of day;
But 'twas only with the peep of light we saw how ill we lay.
We tumbled every hand on deck instanter, with a shout,
And we gave her the maintops'l, and stood by to go about.

All day we tacked and tacked between the South Head and the North;
All day we hauled the frozen sheets, and got no further forth;
All day as cold as charity, in bitter pain and dread,
For very life and nature we tacked from head to head.

We gave the South a wider berth, for there the tide-race roared;
But every tack we made we brought the North Head close aboard.
So's we saw the cliff and houses and the breakers running high,
And the coastguard in his garden, with his glass against his eye.

The frost was on the village roofs as white as ocean foam;
The good red fires were burning bright in every longshore home;
The windows sparkled clear, and the chimneys volleyed out;
And I vow we sniffed the victuals as the vessel went about.

The bells upon the church were rung with a mighty jovial cheer;
For it's just that I should tell you how (of all days in the year)
This day of our adversity was blessèd Christmas morn,
And the house above the coastguard's was the house where I was born.

O well I saw the pleasant room, the pleasant faces there,
My mother's silver spectacles, my father's silver hair;
And well I saw the firelight, like a flight of homely elves,
Go dancing round the china plates that stand upon the shelves.

And well I knew the talk they had, the talk that was of me,
Of the shadow on the household and the son that went to sea;
And O the wicked fool I seemed, in every kind of way,
To be here and hauling frozen ropes on blessèd Christmas Day.

They lit the high sea-light, and the dark began to fall.
"All hands to loose topgallant sails," I heard the captain call.
"By the Lord, she'll never stand it," our first mate, Jackson, cried.
. . . ."It's the one way or the other, Mr. Jackson," he replied.

She staggered to her bearings, but the sails were new and good,
And the ship smelt up to windward just as though she understood;
As the winter's day was ending, in the entry of the night,
We cleared the weary headland, and passed below the light.

And they heaved a mighty breath, every soul on board but me,
As they saw her nose again pointing handsome out to sea;
But all that I could think of, in the darkness and the cold,
Was just that I was leaving home and my folks were growing old.

Robert Louis Stevenson

Noël en mer

Les voiles, gelées par le froid, coupaient la main nue ;
Sur le pont, les marins ne tenaient pas debout ;
Le vent venu du nord-ouest soufflait avec fracas sur la mer ;
Seuls les falaises et l’écume des vagues s’offraient à nous.

Ils entendaient le bruit de la mer s’abattant sur la côte avant l’aube ;
Mais il fallut attendre la première lueur pour nous rendre compte de notre piteux sort.
Nous nous précipitâmes en criant de par le pont,
Et sur l’estrade nous nous tînmes prêts à virer de bord.

Tout le jour nous changeâmes de bord, barrant tour à tour vers le sud ou vers le nord ;
Tout le jour nous tirâmes les voiles gelées, et n’avançâmes pas d’un iota ;
Tout le jour, froid comme la charité, fut fait de peine et d’effroi,
Pour la vie et la nature même nous barrâmes de bord en bord.

Nous donnâmes au sud un lit plus vaste, car la course de la marée y était rugissante ;
Mais chaque fois que nous barrions, la pointe du nord s’approchait jusqu’à monter presque à bord.
Alors nous voyions la falaise et les maisons et les vagues brisées s’élevant devant nous,
Et le garde côtier dans son jardin, avec son verre contre son œil.

La givre était sur les toits des maisons, blanche comme l’écume de l’océan ;
Des bons feux rouges émanait une lumière vive dans chaque maison du bord de mer ;
Les fenêtres brillaient avec clarté, et les cheminées volleyaient leur fumée ;
Et je vous jure que l’on pouvait humer les victuailles quand notre vaisseau passait.

Les cloches de l’église furent sonnées dans un éclat furieux et jovial ;
Car il faut que je vous dise que (de tous les jours de l’an)
Il fallut que ce jour de notre adversité tombât un matin béni de Noël,
Et la maison au-dessus de celle du côtier était la maison où j’étais né.

Ô j’y voyais bien dedans la pièce charmante, les visages charmants,
Les lunettes argentées de ma mère, les cheveux argentés de mon père ;
Et j’y voyais bien le feu de bois qui, comme un vol d’elfes avenants,
Y dansait autour des assiettes de Chine posées sur les étagères.

Et je savais bien ce dont ils parlaient, ce qu’ils disaient de moi,
De l’ombre sur la maisonnée et du fils parti en mer ;
Et ô comme je me sentais bête et vilain, de toutes les manières,
D’être ici, à tirer des cordes gelées un jour de Noël béni.

Ils allumèrent bien haut une lumière de mer, et la pénombre commença de se dissiper.
« Tout le monde pour détendre les perroquets », j’entendis le capitaine appeler.
« Bon Dieu, le vaisseau ne tiendra jamais », notre second capitaine, Jackson, s’écria.
… « Il n’y a pas d’autre moyen, Mr Jackson », lui répondit-il.

Le navire chancela en se réorientant, mais les voiles étaient neuves et bonnes,
Et il leva le nez vers le vent battant comme s’il comprenait ;
Alors que le jour d’hiver touchait à sa fin, à l’entrée de la nuit,
Nous franchîmes la pointe lasse, et passâmes sous la lumière.

Et tous soupirèrent lourdement, chaque âme à bord sauf la mienne,
En voyant son nez à nouveau pointer fièrement vers le large ;
Mais moi, dans la pénombre et le froid, je ne pouvais que me dire
Que je quittais le foyer, et que mes proches gagnaient en âge.

Robert Louis Stevenson (traduit par Olivier Holmey)

Musique

Weihnachten, Hänsel und Gretel
Engelbert Humperdinck

Image

L’Eau, Un navire en mer pris dans la tempête, Stefano della Bella
The Metropolitan Museum of Art